Le déclin
Ouvert à la navigation le 1er septembre 1892, le canal maritime connut immédiatement un succès considérable et mérité. Alors que depuis quinze ans, les navires calant plus de 3,5 m ne pouvaient plus remonter à Nantes, voilà que grâce à cet ouvrage, c'était désormais possible.
Hélas à la même époque, les progrès de la technique étaient fulgurants. Les chantiers construisaient des navires dont les tirants d'eau atteignaient 5,5 m, 6 m, 7 m ! Au même moment, les dragues à vapeur devenaient enfin efficaces. De plus, les navires devaient employer deux marées et parfois trois pour remonter jusqu'à Nantes. C'était une grosse perte de temps.
Dès lors, le canal apparut vite comme très insuffisant et on reprit le projet de LECHALAS. En 1903, l'approfondissement du chenal naturel de la Loire fut décidé et la cote - 10 fut obtenue en moins d'une décennie. Les travaux de re-calibrage de l'estuaire commencèrent en 1904 (devis de 22 millions). En 1911, un premier poste de mécanicien fut supprimé à l'écluse du Carnet. En 1913, après environ 10 000 passages de navires enregistrés à l'écluse de la Martinière entre 1892 et 1911, c'est le canal dans son ensemble qui fut fermé à la grande navigation mais il conserva une activité importante de batellerie jusqu'en 1943.
Cimetière des navires nantais
En 1921, lors de l'arrêt de la marine à voile, la Société générale d'armement de Nantes se débarrassa de ses grands voiliers et les rassembla sur le canal.
Dès les premiers mois de l'année 1921, ayant livré dans les ports étrangers leur dernière cargaison un à un, comme à regret, désertant les routes du large, les grands trois-mâts étaient venus s'amarrer sur les berges du canal. Voiles déverguées et manœuvres dépassées, mais une dernière toilette faite pour mourir en beauté, avec leurs mâtures géantes et leurs vergues brassées en pointe, les voiliers de Nantes alignés en file sur plusieurs kilomètres de longueur formaient une véritable forêt s'étendant de la Martinière au Migron.
Entre 1921 et 1927, 45 trois-mâts, 3 quatre-mâts et 6 schooners (goélettes mixtes vapeur et voile) ont été désarmés dans le canal.
Aux feux dorés du couchant, comme à l'aube naissante au moment des beaux jours, c'était un spectacle magnifique mais profondément attristant, de voir les fines silhouettes blanches se détacher en clair sur le fond verdoyant des grasses prairies de la Basse Loire encadrées de roseaux.
Le nom de Cimetière des navires nantais fut donné à cette partie du canal et lui est resté depuis.
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