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| Mairie-école (collection de P. CHEVALIER) |
Laicisation
Une partie de laïcisation des écoles de Frossay 1884-1886 d'après des coupures de journaux appartenant à M. Philippe CHEVALIER
Je ne raconte ici que les faits les plus marquants en ne citant seulement que quelques coupures de journaux sans avoir la prétention d'en donner la saveur, la virulence, les haines sous-jacentes, l'humour, la grandiloquence de ces articles parus dans l'Observateur et la Démocratie de l'Ouest, le Satyre, le Phare, le Progrès, le Petit Nantais… et même certains journaux parisiens quand l'une des affaires passe au sénat.
Si 1789 s'est bien passée, ce ne fut pas le cas plus tard du temps des guerres de Vendée lorsque les paydrets se confrontent aux patriotes. Un siècle s'est écoulé depuis ces tragédies où Frossay a perdu deux tiers de sa population tuée, fusillée, noyée dans une campagne ravagée. Malgré tout Frossay reste fidèle à ses idées.
Une nouvelle guerre heureusement moins sanglante s'est ouverte à Frossay, avec sa population, le conseil municipal, son maire M. FLEURIOT, soutenus par un solide épiscopat, contre la République représentée par le préfet M. CATUSSE, le couple d'instituteurs M. et Mme GUIHARD et la receveuse des postes Mlle REYS.
Cela se passe il y a 120 ans lors de l'installation d'une école laïque concurrente de l'école des frères, suite à la loi de Jules Ferry de 1882. "La rentrée des classes étant prévue pour le 8 septembre 1884, le 7 à l'heure des vêpres on vit deux oiseaux de mauvaise augure à en juger par leur plumage et attitude embarrassée" en parlant de M. GUIHARD et un employé de l'académie.
"N'étant pas rassuré en haut lieu sur l'accueil des deux intrus, on avait envoyé un employé de la sûreté qui, sitôt arrivé dans la commune à laïciser, télégraphie à Paimbœuf pour requérir la gendarmerie".
"On savait de quelles vilenies sont capables les gens qui nous gouvernent. Aussi depuis longtemps s'était-on mis en garde contre la laïcisation".
Le maire M. FLEURIOT déclare à M. GUIHARD "je ne peux pas voir un homme en vous mais l'instituteur, je combattrai autant que j'aurai la force. Nous ferons contre vous tout ce que nous pourrons".
Lors de l'aménagement "la voiture spéciale ne pouvant entrer dans l'enclos dut stationner en face du portail du maire. Celui-ci accourut au paroxysme de la fureur menaçant de foutre un procès. Ce fut une longue scène de la dernière violence à laquelle personne ne répondit. Ce qui faillit lui donner une apoplexie dont il n'était pas remis le lendemain".
"Les francs-maçons ont bientôt envahi le globe. Non contents d'avoir volé le bien temporel du Pape ils l'attendent apostés aux portes de son palais pour l'assassiner. Notre infâme gouvernement y est affilié. Il chasse les frères et les sœurs qu'il remplace par des instituteurs enseignant qu'il n'y a pas de Dieu, que Jésus-Christ est un farceur et la religion une comédie".
L'instituteur s'installe dans des pièces vides. "Sans la générosité de Mlle REYS, receveuse des postes, il aurait eu le plancher pour couchette bien que l'école posséda quatre lits avec double fourniture". Le frère OSTIEN se plaint amèrement que la receveuse des postes ait prêté un lit complet.
Frossay décrète "que lorsqu'on ne peut prendre un site par la force on l'affame". Personne ne veut servir le pain, le sel, la viande à l'instituteur. C'est là qu'intervient M. GRIVEAUD chef de travaux à la construction du fameux canal de la Martinière, en le ravitaillant en sous-main par l'intermédiaire de l'intendance du millier d'ouvriers. M. GRIVEAUD "menace un boucher de lui retirer sa clientèle. Le boucher s'incline car 2.000 FRS par mois c'est toujours bon à prendre".
"L'instituteur, l'institutrice et leurs enfants seraient morts de faim sans cet homme courageux qui fit ce qui dans toute autre commune de France semblerait le devoir de tout citoyen. Il exige de ses fournisseurs qu'ils consentent à fournir du pain et de la viande aux fonctionnaires injustement frappés d'ostracisme. Il fallait en effet du courage à M. GRIVEAUD pour venir au secours de ces condamnés à mort et l'on en eut promptement la preuve. Le chef des travaux du canal fut congédié. Il est vrai que M. GRIVEAUD avait ajouté un autre crime, il avait ouvert une souscription pour offrir deux drapeaux (tricolores) aux deux écoles. C'était le patriotisme après l'humanité. On conçoit que les personnes pieuses qui composent l'administration du canal n'aient pu garder un tel criminel. On l'a révoqué sous prétexte qu'il s'était occupé de politique. Les employés et ouvriers du canal ont été prévenus que leur demande d'inscription sur les listes électorales constituait aussi un acte politique que la compagnie du canal ne pouvait tolérer."
"Quant à Mlle la receveuse elle peut se tenir tranquille sur les suites des plaintes dont son zèle excessif pourrait être l'objet. Des lettres qui avaient passé par son bureau sont parvenues à leurs destinataires avec un retard considérable et des marques évidentes d'effraction. Ne pourrait-elle porter son attention sur ce côté plutôt que vers les questions d'enseignement".
Le maire l'accuse de posséder un "cabinet noir". C'est sans doute pour tout cela qu'elle retrouve tous les matins sa boîte à lettres pleine d'ordures.
Les correspondances entre le maire FLEURIOT et le préfet CATUSSE sont aussi des chefs-d'œuvre d'hypocrisie et d'incompréhension feinte.
Des chansons "pleines d'insanités élucubrées par les cléricaux de cette localité jusqu'à 11 couplets sont chantées par des gosses qui n'en comprennent pas la signification sous les fenêtres du couple d'instituteurs".
Le maire est suspendu un mois avant d'être révoqué par le préfet. Le curé attend sa comparution au tribunal pour insultes et violence de langage au cours d'un sermon envers la République : "CATUSSE a une araignée dans le plafond, CATUSSE a un nom comme les autres Herbette par exemple, CATUSSE PACHA a décrété... On s'en prend à Jules Ferry, on réclame Henri V".
Henri V ne veut pas du trône sans le drapeau blanc. Sa célèbre mère la duchesse de Berry, après une insurrection manquée dans le midi, tente en vain de soulever la Vendée. Déguisée en fermière, elle se réfugie dans une maison amie à Nantes. Elle se cache avec trois proches dans un étroit réduit dissimulé derrière une plaque de cheminée. Prévenu que la duchesse se trouve dans la maison, le commissaire de police JOLY met des gardes dans chaque pièce. La nuit, les soldats en faction font du feu pour se réchauffer. La plaque de la cheminée devenue rougeoyante fait s'enflammer la robe de Madame.
Que d'histoires rocambolesques, tristes ou amusantes parfois, dans notre petite histoire de France.
Alain COSTE
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